Déchets-Epuration
Historique
Jusqu’à présent, les boues issues de la station d’épuration des Ponts-de-Martel étaient, comme un grand nombre des stations du canton de Neuchâtel, épandues sur du terrain agricole en guise d’engrais. Cette pratique généralisée sur tout le territoire suisse est peu à peu tombée en disgrâce à partir des années 1990. Une méfiance croissante des grands distributeurs alimentaires sous la pression des consommateurs, l’accumulation dans les sols de métaux lourds, ainsi que de substances hormonales contenues dans certains médicaments et autres produits firent chuter la demande. A noter que la teneur en métaux lourds des boues issues de la station d’épuration des Ponts-de-Martel est largement en-dessous des normes en vigueur. Cette situation a poussé le canton à trouver une solution, puisque les boues étaient produites en trop grande quantité, surtout dans les milieux urbains. Par arrêté du 27 septembre 1999, le Conseil d’Etat obligea toutes les communes du canton à livrer leurs boues à l’usine d’incinération de SAIOD à Colombier, l’épandage des boues sur terres agricoles restant possible. Puis, en 2002, conséquence ultime de la crise de la vache folle, par principe de précaution, bien que l’on n’ait pas pu mettre en évidence la transmission de la maladie par les boues, une interdiction totale d’épandage fut prononcée sur tout le territoire du pays, à partir du 1er octobre 2006. Soucieux de ne pas augmenter démesurément la taxe d’épuration, ce qui pénaliserait les citoyens et certaines activités économiques, le Conseil communal a étudié d’autres solutions. Dans cette optique, une délégation du Conseil communal a visité plusieurs installations de phragmicompostage (marais artificiels plantés de roseaux épurateurs), dont celles des communes de Certines (France), Marboz (France) et Rarogne (Suisse/Valais). Les conditions climatiques n’ont pas permis la visite de l’installation située au Lötschental, mais la garantie a été donnée au Conseil communal que les étangs ainsi situés à une altitude de 1'375 mètres fonctionnent parfaitement. A la suite de ces visites et étant donné que ce procédé donne entière satisfaction aux exploitants de stations d’épuration en France, en Allemagne, au Canada et dans divers cantons suisses, le Conseil communal, convaincu par ce système, a mandaté une étude de faisabilité. En parallèle à ces démarches, Le Conseil communal s’est approché du service cantonal de la protection de l’environnement pour exposer ce projet et mentionner que l’arrêté du 27 septembre 1999 l’entravait. Un rapport a dû être établi à l’attention du Conseil d’Etat afin d’obtenir l’autorisation de déroger à cette filière obligatoire. En date du 27 mars 2006, Le Conseil d’Etat, par arrêté, a autorisé la commune des Ponts-de-Martel à construire une installation de phragmicompostage pour le traitement de ses propres boues d’épuration à l’exclusion de toutes autres. La commune des Ponts-de-Martel est la seule commune du canton à être autorisée à construire cette installation et sera suivie avec attention par le service cantonal de la protection de l’environnement, vu son intérêt scientifique testé pratiquement. Origine du système de phragmicompostage
Dès les années soixante, un professeur de l’université de Kassel en Allemagne, le Docteur Kickuth, mettait en évidence l’efficience des plantes aquatiques dans le processus de minéralisation de boues de diverses origines : domestiques, agro-industrielles, artisanales et industrielles. Les premières unités de minéralisation de ce type ont été mises en fonction dès les années 70, notamment en Allemagne et en Autriche. Cette technique naturelle et écologique est particulièrement adaptée pour les stations d’épuration d’une capacité jusqu’à 5'000 Equivalents-Habitant. Toutefois, des installations dimensionnées pour plusieurs dizaines de milliers d’Equivalents-Habitant sont en fonction dans certains pays. Cette technologie peut également être adaptée pour le traitement de résidus fécaux de fosses septiques. Principe et fonctionnement du système de phragmicompostage
La minéralisation de boues sur une aire complantée de roseaux combine séchage, compostage et processus d’épuration, ce qui amène une alternative écologique et économique par rapport à l’incinération. Le dimensionnement de l’aire de minéralisation est déterminée par la quantité de boues à recevoir. Il permet le bon fonctionnement de l’installation et fixe l’intervalle des apports. Pour obtenir une minéralisation complète et de qualité, l’aire de minéralisation est composée d’un filtre de terre arable et de gravier, qui permet aux roseaux de produire leurs effets principaux que sont l’apport d’oxygène par ses tiges et le mouvement mécanique du substrat végétal, par ses rhizomes en constante croissance. Un drainage adéquat permet de récupérer les eaux de percolation qui retournent en tête de station d’épuration ou passent par une rhizosphère d’épuration complémentaire. L’apport des boues s’effectue par intervalles réguliers, d’avril à mi-novembre, de une à deux semaines, selon l’importance du débit de la station d’épuration. Ces apports se font par pompage d’un bassin de stockage. Une intense vie microbiologique (bactéries et champignons) s’installe au contact des racines des roseaux et des boues, les transformant en terreau. Ce milieu étant oxygéné, ce processus ne produit pratiquement pas d’odeurs et leurs éventuelles perceptions ne dépassent pas 50m. D’ailleurs, la petite station de Rarogne est située au milieu du village. Les plantes, l’air, le soleil évaporent une partie des eaux contenues dans les boues. Après une dizaine d’années, le produit élaboré se sera réduit de 20% du volume initial entrant, correspondant à 10 à 15% du poids initial entrant. En automne, dès les premiers gels, les tiges de roseaux sèchent et se couchent sur l’aire de minéralisation. Cette couche isolante évite le gèle du macro-filtre et favorise la réduction de boue, par l’apport complémentaire de matière organique à la vie biologique du substrat. D’autres substances plus difficilement décomposables seront adjointes à l’humus. Il en est ainsi des métaux lourds qui, par effet de chélation, se transformeront en substances absorbables par les plantes (sels, sulfates, etc.). Ce nouveau terreau constitué par l’ensemble de ces processus biologiques forme un humus de première qualité. Le principe de fonctionnement de ce système et son évolution est illustrée schématiquement ci-contre. Description technique de l’infrastructure et du fonctionnement
Les boues brutes sont injectées ou dirigées au moyen d’une pompe à boues du bassin de décantation vers le lit de minéralisation. L’installation de minéralisation est compartimentée par des parois en bois. A proximité de plusieurs lits actifs, un lit passif est également exploité. Une année avant son évacuation, ce lit passif n’est plus alimenté avec des boues d’épuration afin que la minéralisation puisse se dérouler sans réserve. Les digues et cloisons de compartimentage sont construites pour un traitement de 2m de boues brutes. Le fond des bassins est rendu étanche au moyen d’une couche MP-Sarnafil de 2mm et protégé vers le bas, où des graviers d’infiltration sont répandus, par un géotextile. Pour l’écoulement en direction des drainages, le radier est incliné à raison de 2%. L’amoncellement des bordures comporte plusieurs couches de graviers selon Terzaghi et possède une épaisseur constante de 30cm. Avant d’incorporer un corps de sol adapté de 15cm, on étend un tapis de jute sur la couche de graviers pour éviter que la terre fraîchement répartie ne s’infiltre massivement dans la couche de graviers. Le corps de sol adapté est planté de phragmites (roseaux épurateurs). Au départ, l’alimentation de l’installation s’avère encore très sensible. La hauteur de l’alimentation est fortement dépendante du développement des plantes, afin de ne pas enterrer simultanément plusieurs nœuds ou les remettre à nu (lorsque les nouvelles pousses émergent des nœuds) par égouttement ou évaporation des eaux d’épuration peu de temps après l’alimentation. Une fois le niveau maximal de ces bassins atteint, soit après 41 ans, l’évacuation des boues s’effectue à l’aide d’une pelleteuse, sans endommagement à l’infrastructure. La réalisation et le suivi de cet ouvrage sont réalisés par
WRA SCHWEIZ NATURKLÄRANLAGEN AG
que nous remercions sincèrement. Les photographies de la construction de la station de minéralisation des boues d'épuration des Ponts-de-Martel sont accessibles ici. |







